Réflexions du fauteuil : Harvey Milk, entre la victoire et la désillusion
01 03 2009
J’ai vu le film Milk hier soir. Il mérite tous les Oscars qu’il a gagnés, spécialement celui du meilleur acteur pour Sean Pen qui est magistral. Sa ressemblance avec l’original est vraiment troublante. Robert De Niro qui a fait sa présentation à la cérémonie a eu raison de se demander comment il avait pu jouer avec crédibilité autant de rôles d’hétérosexuels avant.
Le film m’a fait réaliser que si les droits des gays et lesbiennes sont maintenant en partie garantis par des lois qui ont été introduites au cours des quarante dernières années, les mentalités n’ont pas changé autant qu’on le souhaiterait. Par exemple, le mariage gay est permis ici, mais il reste interdit dans la grande majorité des États américains et des pays de l’occident. C’est sans compter le reste du monde où l’homosexualité est condamnée et parfois passible de la peine de mort. Si on regarde de près la situation des homosexuels ici, dans un des pays les plus progressistes à cet égard, la discrimination est loin d’avoir disparu.
Les jeunes en sont victimes dès qu’ils mettent les pieds à l’école. Combien sont intimidés et se font traités de fifs dès qu’ils montrent une sensibilité particulière ou une allure « suspecte » qu’ils soient gays ou non? Aussitôt qu’ils s’engagent dans un sport d’équipe, les adolescents doivent cacher leur orientation sexuelle pour éviter d’être victimes d’ostracisme. Combien y a-t-il d’athlètes homosexuels dans les rangs de la Ligue nationale de hockey, de la Ligue canadienne de football et de tous les autres sports professionnels? Probablement autour de 10 % comme dans le reste de la société. Mais nous ne le saurons jamais, car ils sont condamnés à rester dans la garde-robe. Pour quelques artistes qui osent affirmer leur orientation sans complexe, il y en a des centaines qui se cachent par peur de perdre leur public. C’est particulièrement vrai pour ceux qui œuvrent à la télévision, le média traditionnel de la famille. Il y en a aussi chez les politiciens, mais après le traitement qui a été réservé à André Boisclair, ils ont intérêt à se faire discrets. Dans beaucoup de milieux, il est impensable qu’un employé vienne au party de Noël accompagné de son chum.
Toute cette discrimination affichée ou hypocrite cause des drames inacceptables dans notre société qui se targue d’être ouverte d’esprit et égalitaire. Combien de jeunes fuguent comme David Fortin qu’on recherche encore? Ils sont nombreux à venir grossir les rangs des sans-abris à Québec ou Montréal parce qu’ils ne peuvent pas être eux-mêmes dans leur région d’origine. Ça doit être pas mal plus difficile de se promener main dans la main dans les rues d’Hérouxville que dans le village gay. Combien se suicident? Si personne ne peut être congédié pour cause d’orientation sexuelle, il y en a qui voient leur carrière plafonner. Ils sont victimes de préjugés comme les femmes qui n’occupent pas leur juste part de postes supérieurs dans les entreprises.
Au moment de son assassinat en 1978, Milk croyait avoir fait un pas important pour la défense des droits des homosexuels. Il avait raison, mais il ne se faisait pas d’illusions non plus. S’il revenait aujourd’hui, il constaterait que ces droits sont encore bafoués en Californie et que les mentalités n’ont que très légèrement évolué. L’homosexualité n’est plus un sujet tabou, on en parle. Mais dans les faits et en société, la plupart des gays et lesbiennes sont encore obligés de laisser des pans importants de leur vie à la maison.
Publié par : jacqueso à 10:54:44
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